Usages en Cévennes : de la survie à la redécouverte gastronomique
La situation cévenole présente un récit en miroir. L’exode rural du XX siècle a bien failli emporter la filière. Mais depuis les années 1980, elle revit : la farine de châtaigne, longtemps méprisée, devient synonyme de patrimoine à sauvegarder et d’innovation.
L’héritage des recettes cévenoles
- La soupe cévenole : Mélange rustique de farine de châtaigne, d’eau, parfois de pommes de terre ou de courges. Servie fumante, elle réchauffe les veillées d’hiver.
- Pain de châtaigne : Réalisé à partir d’un mélange de farine de blé et de farine de châtaigne (jusqu’à 50 %), il accompagne fromages fermiers et terrines.
- Biscotins : Petits biscuits croquants, légèrement amers, qu’on dégustait dans la Drôme et l’Ardèche voisine.
- Les bourriols (dans les hautes Cévennes) : Crêpes épaisses, proches du pancakes, servies natures ou garnies.
- Gâteaux de fête : Le pélardon (fromage de chèvre) s’accompagne parfois de gelée de châtaigne ou de pain cuit à la farine brune.
Aux côtés de la charcuterie cévenole (saucisson au fenouil, jambon sec), la farine de châtaigne apporte une note douce et légèrement fumée, bien différente du goût corsé de l’huile d’olive méridionale.
Renaissance et nouvelles pratiques
La filière, regroupée autour de plusieurs coopératives et de transformateurs artisanaux, produit aujourd’hui en moyenne 300 à 450 tonnes de farine par an (IGP Châtaigne des Cévennes, 2022). Un chiffre en progression de près de 25 % depuis 2010. Cette hausse s’explique par le soutien aux jeunes agriculteurs, l’engouement pour les produits bio (90 % des surfaces cévenoles sont conduites sans traitement phyto-chimique, source : Parc National des Cévennes), et une demande revue à la hausse chez les boulangers et les restaurateurs locaux.
La châtaigne, du reste, s’invite dans de nouvelles recettes : financiers, madeleines, pâtes fraîches et même glaces artisanales à la châtaigne. Le restaurant étoilé « Le Vieux Pont » à Belcastel propose, une fois l’an, un menu tout à la châtaigne, saluant ainsi la ténacité du terroir. Les marchés d’automne (fête de la Châtaigne de Saint-Jean-du-Gard, marché de Génolhac...) en font aujourd’hui un produit phare.