Les grandes étapes traditionnelles de fabrication
Le passage du lait à ce mets raffiné qu’est le fromage est une alchimie subtile. Même si les procédés varient d’une appellation à l’autre, les étapes principales restent similaires. Voici un aperçu des méthodes clés couramment utilisées pour les fromages fermiers.
1. La traite et la sélection du lait
Tout débute par la traite des vaches, brebis ou chèvres. Indispensable, la qualité du lait dépend étroitement des soins apportés aux animaux, de leur alimentation, et même de la saison. En effet, un lait produit en été, lorsque les animaux paissent à l’extérieur, offre des saveurs différentes de celui produit en hiver où le foin peut constituer la majeure partie de leur régime.
Dans un cadre fermier, le lait est utilisé le plus frais possible, souvent quelques heures après la traite. Bien sûr, il est non pasteurisé (lait cru), ce qui permet de préserver les arômes complexes issus des micro-organismes naturels. Il s’agit là de l’une des signatures des fromages fermiers, mais aussi d’une prise de risque contrôlée qui demande une hygiène irréprochable.
2. Le caillage : la naissance du futur fromage
Le lait est ensuite chauffé légèrement (généralement entre 30 et 40 °C) avant qu’on lui ajoute des ferments lactiques et de la présure, une enzyme souvent issue de la caillette des jeunes ruminants. Ce processus, appelé caillage, transforme le lait liquide en une masse solide appelée caillé.
Le choix des ferments varie beaucoup selon la recette et la tradition locale. Tandis que certaines régions optent pour des ferments naturels récoltés dans l’environnement de la ferme, d’autres utilisent des souches précises pour reproduire des saveurs typiques. Prenons l’exemple du brie de Meaux, où le caillage doux permet de préserver une texture moelleuse, alors que le salers, fermement tranché, développe une pâte plus dense.
3. L’égouttage ou l’art de séparer le lactosérum
Une fois le caillé formé, il est tranché en grains plus ou moins fins selon le type de fromage. Ces morceaux sont ensuite placés dans des moules pour permettre l’égouttage, c’est-à-dire la séparation entre le caillé solide et le lactosérum liquide (ou petit-lait).
Dans certaines fermes, l’utilisation de mouches en bois ou en osier, comme pour la tomme de Savoie, se maintient malgré l’arrivée du plastique. Ces outils, qui laissent respirer le fromage, font partie intégrante du patrimoine.
4. Le salage : un geste qui dépasse la simple assaisonnation
Le salage est une étape cruciale dans la fabrication du fromage. Il sert non seulement à rehausser les saveurs, mais également à assurer une bonne conservation et à favoriser le développement des croûtes lors de l’affinage. Ce salage peut être réalisé à sec, directement sur la surface, ou par bain de saumure, selon les types de produits.
Pour les producteurs fermiers, choisir un sel de qualité est souvent aussi important que les autres étapes. Par exemple, certains producteurs de tomme des Pyrénées utilisent encore du sel de Salies-de-Béarn, réputé pour sa richesse en minéraux.
5. L’affinage, ou le temps de la métamorphose
Vient enfin l’étape de l’affinage, véritable signature des fromages fermiers. Pendant cette période, qui peut durer quelques jours comme plusieurs années, les fromages sont laissés à maturer dans des caves à la température et à l’humidité soigneusement contrôlées.
Les gestes des affineurs sont souvent les garants du caractère des fromages. Ils retournent les pâtes, les lavent ou les frottent avec amour. Ainsi, le mont d’Or acquiert sa croûte lavée orangée et le bleu d’Auvergne développe ses veines bleues caractéristiques grâce à des piquages régulièrement effectués.