Panorama des techniques traditionnelles
Le séchage en bouquet suspendu
C’est la méthode la plus répandue, notamment pour les tiges aromatiques telles que le thym, le romarin, la menthe ou l’origan. Il s’agit de lier les plantes en petits bouquets, parfois enveloppés d’une mousseline légère, suspendus tête en bas à l’abri de la lumière directe mais dans des lieux aérés (granges, combles non isolés).
- Les bouquets ne doivent pas dépasser 4 à 5 cm de diamètre pour limiter l’échauffement et l’apparition de moisissures.
- Le temps de séchage pour la mélisse parfumée : environ 7 jours, pour la verveine citronnée, plutôt 10 à 12 jours.
- Interdire la lumière directe évite la dégradation des principes actifs, selon Gérard Ducerf, botaniste reconnu en Occitanie.
Le séchage à plat sur clayettes
Souvent employé pour les pétales (calendula, aubépine), les feuilles ou les fleurs fragiles, le séchage à plat sur des claies de bois, grillages ou tissus naturels est traditionnel dans les fermes cévenoles et ariegeoises.
- Les couches ne doivent pas dépasser 2-3 cm d’épaisseur.
- Les claies sont inclinées afin de profiter de la convection naturelle de l’air, une technique issue du séchage du tabac jadis pratiqué sur le causse de Sauveterre.
- Pour accélérer le processus sans perdre les qualités organoleptiques, certains transhument les claies durant la journée, en profitant de la circulation de l’air matin et soir.
Le séchage en séchoirs « à l’ancienne »
En Ariège, la tradition veut que l’on aménageait, jusque dans les années 1960, d’anciens séchoirs à châtaignes ou à fromages pour les simples. Ces petites bâtisses de pierre, à l’ombre des noyers, disposaient souvent de plusieurs niveaux de claies. La chaleur y était douce, générée parfois par une poêle à bois placée à l’étage inférieur : technique semi-artisanale qui prolonge le séchage lorsque les soirées se font humides.
- Ces séchoirs permettaient de traiter de plus gros volumes (parfois jusqu’à 100 kilos/an de thym ou de tilleul pour la consommation familiale et les herboristeries locales).
- Ventilation naturelle, portes ouvertes ou entrouvertes selon les conditions météorologiques.
- Dans la vallée du Biros, il reste quelques séchoirs fameux, notamment à Sentein et Seix, parfois encore utilisés aujourd’hui (source : Parc naturel régional des Pyrénées ariégeoises).
Séchage solaire direct : une pratique marginale et contrôlée
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le séchage en plein soleil n’est traditionnellement utilisé en Lozère et en Ariège que pour quelques plantes robustes ou graines (fenouil, coriandre). L’exposition prolongée dégrade les huiles essentielles et les pigments. L’usage peut être toléré de façon brève, sur quelques heures, puis suivi d’un affinage à l’ombre. Les cueilleurs de la vallée du Tarn parlent de « coup de lumière », sorte de flash solaire sur la journée, très contrôlé.
Exemple comparatif : tilleul en Lozère, génépi en Ariège
| Plante |
Lieu |
Méthode |
Durée |
Particularités |
| Tilleul (bractées et fleurs) |
Lozère (Langogne, Saint-Alban) |
Bouquets suspendus |
7 à 10 jours |
Récolte l’aube, séchage en grange, éviter tout empilement |
| Génépi (tiges fleuries) |
Ariège (Haute-Ariège) |
À plat sur claie |
12 à 15 jours |
Altitude élevée (jusqu’à 2000 m), ventilation naturelle exigée pour conserver l’arôme |