Des préparations traditionnelles : entre convivialité et raffinement
Dans le sud-ouest, le haricot tarbais n’est pas un simple accompagnement : il est souvent la vedette de plats collectifs où l’on célèbre le temps long, la générosité et le partage. Voici quelques-unes des préparations qui ont forgé sa réputation :
Le cassoulet de Bigorre : la quintessence du haricot tarbais
Si le cassoulet évoque pour beaucoup Castelnaudary ou Carcassonne, la version bigourdane, dite « cassoulet de Bigorre », fait des haricots tarbais son pilier. La recette emblématique se distingue par :
- Le choix des viandes : confit de canard, porc (saucisse de Toulouse, palette, poitrine), parfois mouton selon la vallée.
- Le double mijotage : les haricots sont d’abord cuits séparément, puis rassemblés avec les viandes pour terminer en douceur au four dans la cassole.
- La chapelure fine : tradition locale : casser plusieurs fois la croûte formée sur le plat pour libérer les sucs et homogénéiser l’ensemble.
Le cassoulet tarbais fut d’ailleurs célébré par Prosper Montagné, grand cuisinier originaire de Carcassonne et rédacteur du premier Larousse Gastronomique (1938), pour « son moelleux incomparable et la subtilité de la graine ». Une tradition maintenue lors des fêtes de villages, lors des « agapes », parfois jusqu’à 300 convives réunis pour partager ce monument de la table.
Le haricot à la graisse d’oie : simplicité et noblesse rurale
Avant la généralisation du canard, la Bigorre et le Comminges étaient des terres d’élevage ovin et d’oies grasses. Le haricot tarbais trouve ici une autre façon de briller, à travers une recette paysanne idéale pour affronter les frimas de novembre : les haricots à la graisse d’oie.
- On fait revenir l’oignon et l’ail dans la graisse chaude.
- On ajoute les haricots préalablement blanchis, puis on les laisse s’imprégner longuement avec thym, laurier et parfois des carottes ou du clou de girofle.
- On sert avec du confit, ou simplement tel que, avec un morceau de pain frais.
Ce mets simple s’est invité à la table des campagnes mais aussi dans les auberges, preuve, s’il en fallait, que le raffinement naît souvent de la patience et de produits sobres.
Le mourtayrol, mémoire des foyers pyrénéens
Moins connu que le cassoulet, le mourtayrol — parfois appelé ratatouille bigourdane — est identifié par l’Institut National des Appellations d’Origine (INAO) comme l’exemple parfait d'une « cuisine pauvre » devenue patrimoine. Ce ragoût mêle haricots tarbais, pommes de terre, quelques légumes de saison et des résidus de viandes. Son parfum emplit encore les cuisines lors des fêtes pastorales, hommage à la rusticité et à l’esprit d’économie.